
« Il faut cultiver notre jardin » : il en a de bonnes, ce Monsieur Voltaire ! Candide, en vérité.
Car enfin, je ne sais pas comment les autres font, mais le jardin, chez nous, va plus vite que nous. On n'a qu'un petit carré de potager pourtant. Mais c'est chaque année à peu près le même scénario. On commence dans l'enthousiasme ; déjà un peu en retard, mais enfin on le fait, bien souvent à l'initiative de Fabien (qui a 10 ans) : on désherbe, on bêche, on prépare... On imagine, on se réjouit d'avance en voyant toutes les possibilités de cette belle terre fraîche. On discute, on projette, on choisit. On tient compte de ce qui reste en terre, et de ce qu'on peut ajouter. Une année après l'autre, quelques variantes : la rhubarbe est une valeur sûre (au propre comme au figuré), « les fraises de Fabien » ont été abandonnées quand les fraisiers ne donnaient plus, on les avait appelées comme ça car il y tenait beaucoup, il aimait les cueillir et nous les apporter fièrement... mais il n'en mange pas ! Alors on opte pour quelques pieds de tomates et des salades, des haricots verts, des courgettes, cette année des radis et une pousse de concombre... On va acheter ou l'on récupère auprès de collègues généreuses et expérimentées des graines ou plants à repiquer. On calcule comment les disposer au mieux. On sème, on plante, on fait comme on peut sur le peu de place dont on dispose. On arrose. Et puis on attend.
Et puis la vie va, nous disperse ici et là, en cette fin d'année scolaire bourrée d'échéances : réunions diverses et festivités associatives, dossiers scolaires, inscriptions, préparatifs de vacances... Sans compter le travail, la famille, et le temps sur l'ordi, qui nous accroche longtemps quand on a des choses à y faire et/ou qu'on aime ça...
Et puis on ne le voit pas venir... Et le jardin qu'on a délaissé, négligé, se retrouve envahi par les herbes !

Comment est-ce possible ?!
Au début, bien honnêtement, on arrose, on bine, on le soigne, le bichonne. Les premiers temps, on vient le voir, on guette la levée des semis, l'évolution des plantations, on traque les petites pousses suspectes... Comme le petit Prince sur sa planète.
Et puis le temps passe... et nous dépasse ! C'est que les « mauvaises » herbes poussent encore plus vite que les « bonnes »!
Bon, tant pis, nous ne serons jamais jardin primé ni jardinier modèle...

Mais enfin, rien n'est perdu : nos plantations ont poussé, les radis sont à croquer, les salades aussi, les concombres, courgettes et tomates ont des fleurs comme autant de promesses, et déjà des petits fruits...

Un peu de nettoyage et notre potager reprend figure avenante, pour ne pas dire fière allure. Et surtout, on se régale de notre « production », et c'est un petit bonheur.

Alors pour cette satisfaction, d'accord Monsieur Voltaire, « il faut cultiver notre jardin »...

Sans parler de tous les petits et grands plaisirs de tous les jardins qu'on cultive, bien sûr, au propre comme au figuré : jardins de fleurs, jardins secrets ou symboliques, de mots, de musique, d'art ou d'émotions...
Cath
juillet 2008