mardi 6 octobre 2009

Nilda Fernandez, des chansons et une rencontre

Que sait-on de Nilda Fernandez, avant d'aller le voir, l'écouter ?

Des tubes qui nous ont fait rêver, des grands yeux noirs sur une affiche... Et un timbre de voix limpide, qui monte haut ! Des chansons dont j'avais aimé le climat, la poésie, en français et en espagnol, émotions, évocations et images, et les mélodies, souvent soutenues par un instrumental riche et coloré.
Je me demandais un peu ce que ça pouvait donner, un concert de Nilda Fernandez, seul avec sa guitare.

Les Baladins, c'est une première, pour l'occasion disposent de la salle du luxueux Espace Chaudeau de Ludres. On y accueille un public plus nombreux qu'à l'accoutumée (bien que ce soit encore trop peu), et peu à peu, la salle se remplit.

(Une spectatrice me demande si on peut déposer sur scène, avant l'arrivée de l'artiste, un petit paquet de médiators pour la guitare, qu'elle a apporté : elle a vu le chanteur au concert de Metz la veille, il s'était plaint d'en manquer, elle veut lui en faire la surprise ! Je cherche à me renseigner, mais il n'y a personne à ce moment autour de la scène, absolument personne : une chance, car les hommes de la sécurité sont partout, sauf à cet instant. Je monte en vitesse sur la scène, les déposer sur le tabouret face au micro : et voilà ! )
Le noir se fait, le silence aussi. Serge vient présenter Les Baladins, et la soirée. Et puis Nilda entre en scène (il trouve les médiators, a un petit sourire et les glisse dans la poche de sa veste).

Il n'est pas très grand, il a un beau sourire, le regard immense, comme sur les photos... Et il a une tenue incroyable, pantalon pattes d'éph' à soufflet rose vif, une veste ouverte sur une chemise chamarée aux longues manchettes : c'est un peu tape à l'oeil, ce costume de saltimbanque, mais ça donne un style original et du charme,.
« Original »: ça pourrait bien définir Nilda, ça... si tant est qu'il se laisse définir ! Car il n'y tient pas trop apparemment. Serge vient de présenter un « spectacle intimiste ». Nilda le reprend gentiment, ce n'est pas tout à fait ça : que serait le contraire d'« intimiste » ? On ne sait pas, alors ce n'est ni ça ni le contraire. Et puis, un « spectacle » ? Plutôt des chansons. Précis, Nilda, il se méfie des étiquettes !

Les chansons, accompagnées à la guitare, vont se dérouler avec aisance et brio, je ne m'attendais pas à une telle interprétation ! De Valence à Barcelone, en passant par Madrid, des histoires vécues ou rêvées en chemin, des amours sur fond de mélancolie, des voyages et des rencontres à fleur de sensibilité : l'artiste excelle à nous les chanter en français et en mélangeant de temps à autre des bouts de phrase ou un couplet en espagnol : quelle élégance, quel plaisir à entendre, cette langue ! Et la voix ! Quelle tessiture, elle est claire et limpide, il en fait ce qu'il veut. L'accompagnement de guitare est varié et coloré, et il n'hésite pas dans son élan à enchaîner plusieurs chansons, ne nous laissant pas applaudir ni reprendre notre souffle : cela donne comme un film, un fil qui se déroule en continu. Nilda aime les voyages et nous le communique.

Il s'arrête pour nous raconter des bribes de sa vie : sa tournée en Russie, jusqu'au fin fond de la Sibérie, 11 fuseaux horaires plus loin... Celle dans le sud de la France, en roulotte, un choix pour prendre le temps de s'imprégner de chaque région, chaque paysage traversés.
Et puis sa passion pour Garcia Lorca, dont il va chanter avec talent et ferveur plusieurs poèmes magnifiques : c'est de l'espagnol mais on a l'impression de les connaître, de les comprendre, tellement c'est chantant, et parlant.
Et aussi « Innu Nikamu », cet « humain chantant », d'un peuple amérindien, qui a donné son nom à un festival au Québec, célébrant leur culture en musique.

Avec tout ça, Nilda nous emmène, et nous fait voyager plus loin qu'on aurait cru...
Et comme « aller plus loin avec quelqu'un, c'est souvent aller plus près* », soudain il s'approche du devant de la scène et demande un peu de lumière dans la salle, pour être plus près des gens et les voir : pour ne pas chanter devant un trou noir, mais devant des visages aux expressions différentes, qui motivent pour continuer. Quelquefois, dit-il, devant ce trou noir, on perd l'envie, on ne sait plus pourquoi on est là ! Nous ayant vus, il s'assied sur le bord de la scène et poursuit... Bon, ce n'est pas un concert « intimiste », ne mettons pas d'étiquette, mais on retient son souffle, le moment est magique !

Dans le public, sur l'invitation de l'artiste, on prend plaisir à reprendre avec lui les chansons qu'on aime :
« Juste une ivresse
Pour que l'on cesse de boire

Une cicatrice
Pour que l'on puisse y voir

Où que l'on aille
Nos fiançailles »

...
« Quand tu veux tu m'appelles
Tu connais mon numéro
45 12 20 00

Quand tu veux tu m'entraînes
En face de toi dans un bar

Comme autrefois j'ai envie de te voir
De voir, de voir...

Mes yeux dans ton regard »
...
(Nilda feint de s'étonner : et oui, -presque- toutes les femmes de la salle ont retenu le numéro !)
...
« Faut que je t'invite à Venise
Avant que l'eau l'ait noyée

Avant que l'eau des banquises
Vienne couvrir le monde entier

On ira sur les jetées
Qui s'enlisent

(...)
Et de surprise en surprise
On se perdra dans les cartes postales
On voguera sur les canaux sales »

« C'est comme ça que la chanson termine, oui... » Nilda s'en excuse presque, mais pas vraiment, car « L'invitation à Venise », c'est effectivement une invitation un peu ironique, un soupçon de second degré la rend bien plus intéressante que si elle était tout miel et béate !
C'est une des richesses de la poésie de Nilda, ces sous-entendus, ces évocations qui laissent entrevoir, deviner sans dire, créent des images, des réflexions et nous laissent les poursuivre...

La soirée touche à sa fin, sans qu'on l'ait senti venir : deux heures se sont écoulées ! Avec deux chansons malicieuses, soi-disant pour enfants mais pleines d'humour et de parodie, Nilda se prête de bonne grâce aux rappels (malgré l'heure avancée et qu'il ne faut pas dépasser, vu les contraintes de la salle), jusqu'au moment où sa guitare n'a plus de son ! Malencontreux hasard, qui fait penser à une préméditation ou une intervention extérieure : mais non, Nilda nous le dira plus tard, ce n'était qu'une coïncidence, une panne de batterie ! Il est comme ça, Nilda, nature et sincère.

Malgré l'obligation désagréable de libérer la salle sans traîner, le public et Nilda se retrouvent au dehors pour quelques échanges chaleureux. Et l'équipe des Baladins l'invite autour d'une table conviviale : on parle de tout et de rien, Nilda parle volontiers, donne son opinion sur l'actualité, mais écoute aussi, s'intéresse à ses interlocuteurs. C'est un artiste riche d'humanité, de personnalité, attachant.
Le moment de se quitter arrive trop vite : j'ai vécu la soirée avec une joyeuse émotion, je me retrouve le lendemain avec un léger blues, comme quand on voit un ami repartir.

C'est qu'on venait pour un spectacle, avec en tête une image un peu floue, et on a trouvé bien autre chose : des chansons, et une vraie belle rencontre.


Cath
octobre 2009


*Jacques Salomé

5 commentaires:

Réverbères a dit…

Ah ! je vois que tu as retrouvé ta plume ! Tant mieux…

Nilda Fernandez, pour moi, a priori, c'est du bidon. Mais tu ne fais que confirmer ce que d'autres m'ont déjà dit et ce que j'ai lu par ailleurs : c'est bien plus que ça !

Merci pour ton partage, toujours émouvant.

Cath a dit…

> Réverbères :
Ben, non, Nilda c'est pas du bidon ! Je te souhaite de le voir un jour pour t'en faire une idée.

Anonyme a dit…

Hutin bête.

Euh, sans rire , c'est quoi, un médiator ?
Merci d'éclairer ma lanterne qui , il est vrai, date du XIVème siècle.

Cath a dit…

> Hutin :
un médiator est une petite pièce de plastique qu'on tient entre le pouce et l'index, servant à faire vibrer les cordes de la guitare.
(Voir l'image en cliquant sur le mot).

Ninise a dit…

bisous bisous
très bel article madame...bravo !
merci du partage car ce que tu écris, je l'ai vécu plusieurs fois :)